Parlons … bénévolat de compétences avec Cécile Bazin (Recherches & Solidarités)

Parlons bénévolat de competences avec Cécile Bazin

Après l’interview de Gilles Arbellot (Directeur Général de Passerelles & Compétences), voici le compte-rendu de ma deuxième rencontre autour du bénévolat de compétences

Quelle serait votre définition du bénévolat de compétences ?

Ma définition dans l’idéal est différente de celle qu’on entend habituellement. Toute personne peut faire du bénévolat de compétences car toute personne a des compétences à apporter. Il s’agit de bien cerner l’offre et la demande. Ce qui me dérange dans ce terme, c’est qu’il peut sous-entendre qu’il existe des bénévoles compétents et d’autres incompétents. Or, tout le monde a des compétences à donner. Tout bénévole apporte, au-delà de sa bonne volonté, un savoir-faire et un savoir-être, à l’association en général, et à ses membres.

En quoi se distingue-t-il du mécénat de compétences ?

Dans le mécénat, il y a un lien entre l’employeur et celui-ci qui donne du temps à une association. Il y a des nuances entre un bénévole qui intervient sur son temps personnel ou celui qui le fait sur son temps de travail, mais l’entreprise est toujours présente, a minima elle impulse, sinon elle accompagne. L’engagement en dehors du temps de travail peut apparaître plus motivé car il n’y a pas de retour financier. Mais l’entreprise peut ne pas laisser le choix au salarié sur la façon de s’impliquer, pendant ou en dehors de son temps de travail. Quoi qu’il en soit, ça lui donne l’occasion de tester le bénévolat, il peut y prendre goût et avoir envie de poursuivre. Ça peut devenir ensuite un acte spontané et non plus en lien avec l’entreprise.

Si on envisage la théorie du don qui évoque le fait de « donner-recevoir-rendre », un don-contre-don, comment s’exprime-t-il dans le champ du bénévolat de compétences ?

Le bénévole donne de son temps et en retour ce qu’il reçoit ou, en tout cas, ce qu’il attend c’est d’être utile, d’exister. Il est aussi récompensé par la reconnaissance de son action. Cette reconnaissance ne s’exprime pas forcément par une médaille, mais par l’image qu’il a de lui et qu’il renvoie aux autres … j’apporte ma part à l’association, à la société par des animations dans le quartier, par le soutien apporté aux jeunes, aux personnes âgées, etc …

Le bénévolat de compétences, tel qu’on l’entend, suppose un savoir-faire précis autour de son intervention, le retour peut paraître plus fort. En apportant des connaissances précises qui font souvent défaut à l’association, sur le plan juridique ou en communication, on répond à un besoin exprimé donc on se sent d’autant plus utile.  La reconnaissance et le sentiment d’être utile sont plus facilement gagnés … Cela me parait encore plus évident. Qui plus est, la notion de compétences a pris beaucoup d’importance, ces dernières années. Que ce soit dans les motivations à donner de son temps, dans les satisfactions ou les retours attendus. L’idée même de transmettre son savoir est devenue une priorité pour pas mal de bénévoles.

Ces dernières années, les associations se sont professionnalisées, avec un rapprochement entre les besoins des associations, leurs modes de fonctionnement et ceux du monde professionnel, y compris ceux issus du monde marchand. Tout cela joue plutôt positivement en termes de reconnaissance, c’est encore plus fort, plus valorisant. Même si certains peuvent être nostalgiques d’associations qui fonctionnent à la bonne franquette, de manière plus souple, sans référence au milieu professionnel. D’ailleurs, il continue de se créer aujourd’hui des associations qui ne répondent pas forcément à ces critères et qui échappent à ce mouvement. Mais la plupart des associations ont été amenées à se professionnaliser sous l’impulsion notamment des Pouvoirs Publics via les appels à projets, les demandes de financements qui impliquent des bilans, des évaluations, via les réglementations de plus en plus contraignantes… La présence d’un salarié dans l’association est aussi un facteur de professionnalisation évident.

Si vous deviez représenter le bénévolat de compétences via un symbole (dessin, image, film, livre …) quel serait-il ?

La vision qui me vient spontanément à l’esprit est sans originalité, aucune. Je pense aux mains qui se croisent, symbole classique du bénévolat et de la solidarité. Pour le bénévolat de compétences j’ajouterais un truc qui rappelle des compétences pointues … je pense à la balance pour la justice et le milieu juridique … mais chaque domaine a le sien … c’est difficile de trouver quelque chose de commun, qui pourrait les résumer tous.

 En termes de livres, je pense à celui de Pascal Dreyer « être bénévole aujourd’hui » (2) qui pour moi, reste une référence sur les motivations de l’engagement, pour les autres et pour soi, même si certaines tendances ont évolué depuis sa réédition en 2006.

 Et puis l’an dernier on a pas mal travaillé sur l’engagement des jeunes, ça me fait penser au livre « la machine à trier : comment la France divise sa jeunesse » (3). C’était bien, les auteurs mettaient l’accent sur ces nombreuses fractures qui traversent la jeunesse, et ils démontaient pas mal d’idées reçues que l’on entend trop souvent à propos des jeunes. Certaines finissent par tomber… mais c’est difficile de résister aux préjugés, quels qu’ils soient. Ces approches, sur la façon de lutter contre les idées reçues me séduisent. J’aime les disséquer et tenter de les combattre. Y’a beaucoup d’idées reçues sur le bénévolat, certaines émergent, d’autres tombent. Il faut dire qu’il a beaucoup évolué ces dernières années. Quand on parle des jeunes, on dit « ils ne pensent qu’à eux », alors que les seniors « heureusement qu’ils sont là ». Notre nouvelle enquête issue du Baromètre d’Opinion des Bénévoles montre justement le contraire !

Le bénévolat de compétences peut-il être source d’innovation pour les associations ?

Clairement ! Dès lors que tu fais venir une personne extérieure à l’association, elle apporte du recul, un savoir-être, un savoir-faire, plein d’autres choses.

Le bénévolat de compétences avec une approche plus technique, plus pointue, c’est aussi source d’innovation dans le domaine concerné bien sûr, mais aussi via le regard critique porté sur l’environnement et l’association elle-même. Le bénévole aura une vision plus générale que les membres eux-mêmes de l’association, il aura un regard neuf, des idées. Pas forcément d’effet immédiat, innovant mais les choses se construisent pas à pas.

Le bénévolat de compétences peut-il permettre de transformer la société ?

De toute façon, oui car les associations elles-mêmes participent à ces changements. Elles jouent un rôle évident dans la société, elles créent du lien social, de l’animation, elles offrent des services … Et le bénévole, c’est l’association, car elle repose beaucoup sur eux, y compris lorsqu’il y a des salariés et qu’ils sont peu nombreux. Ils sont au moins présents au Conseil d’Administration qui est décisionnaire. Le changement se traduit par une approche différente de la solidarité, une façon d’être … quand tu t’investis, tu n’en as pas conscience, mais tu prends l’habitude de mener des actions collectives, tu regardes les autres, tes voisins différemment ensuite. Ca développe des façons d’être avec les autres, des comportements plus respectueux jusque dans la rue … Les études montrent que les bénévoles font plus confiance aux autres, qu’ils sont plus optimistes … même si, par ailleurs, ils sont sévères sur l’état de la cohésion sociale en France, aujourd’hui.

C’est un cercle vertueux. Ils s’engagent ou donnent un peu de temps tout simplement – le mot engagement peut paraître trop ambitieux pour certains – ils se rendent compte qu’en s’investissant dans une association, ils sont sollicités par une autre pour intervenir dans leur CA et ainsi de suite. Ils se construisent comme cela un véritable parcours bénévole, au service des autres et pour leur plus grand bonheur, le plus souvent.

(1) Recherches & Solidarités est un réseau d’experts au service de toutes les formes de solidarités. Association sans but lucratif créée en 2008, R&S s’est donné pour objectif d’apporter aux acteurs et aux décideurs les informations les plus récentes sur le secteur associatif notamment, avec une préoccupation de complémentarité par rapport aux travaux qui sont menés et publiés par ailleurs. Elle réunit 4 permanents qui collaborent ensemble depuis 2004, sur ces sujets, et qui s’entourent de chargés d’études de façon ponctuelle dans l’année. Elle s’appuie sur un comité d’experts bénévoles, présidé par Roger Sue. Et construit de nombreux partenariats pour mener à bien ses travaux et pour les faire connaître : organismes officiels détenteurs de données sur l’emploi, les créations d’associations, la générosité des Français…, services de l’Etat et des collectivités locales, maisons des associations et réseaux associatifs …

Ses publications nationales, régionales et départementales, ainsi que les résultats de ses enquêtes sont en libre accès sur www.recherches-solidarites.org et de nombreux sites, conformément à l’objet même de l’association : «  mieux connaître et mieux faire connaître les solidarités en France ».

(2) Pascal Dreyer, « Etre bénévole aujourd’hui », 2006. Editions Marabout.

(3) Pierre Cahuc, Stéphane Carcillo, Olivier Galland et André Zylberberg « La machine à trier. Comment la France divise la jeunesse », 2013, Editions Eyrolles, Collection La nouvelle société pour l’Emploi. Pierre Cahuc est professeur d’économie à l’Ecole Polytechnique, il dirige le laboratoire de macroéconomie du Centre de Recherche en Economie et Statistique (CREST) de l’INSEE. Stéphane Carcillo est maître de Conférences à l’université Paris 1 Sorbonne et professeur associé au département d’économie de l’IEP de Paris. Olivier Galland est directeur de recherche au CNRS, il dirige le Groupe d’Etude des Méthodes de l’Analyse Sociologique de la Sorbonne (GEMASS). André Zylberberg est directeur de recherche au CNRS, il est membre du Centre d’Economie de la Sorbonne (CES) et de l’Ecole d’Economie de Paris.

Sandrine Fdida
Professionnelle de la communication et du marketing depuis plus de 15 ans, je suis aujourd’hui consultante-formatrice indépendante spécialisée sur la communication, notamment via le bouche à oreille, et la démarche réseau et enseignante-doctorante en Information-Communication, au Centre Norbert Elias de l’Université d’Avignon. Recherche et démarche pragmatique se nourrissent mutuellement, comme un médecin enrichit sa pratique de savoirs scientifiques. Cette alliance s’exerce lors de missions en entreprises ou opérationnelles mais aussi lors de projets collaboratifs universitaires avec des entreprises, associations et structures institutionnelles.

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *