Parlons … bénévolat de compétences avec Gilles Arbellot (Passerelles & Compétences)

Parlons bénévolat de competences avec Gilles Arbellot

Cette interview est la première d’une série où je partagerai avec vous différents points de vue et rencontres qui ponctuent mes engagements de bénévole et le chemin des recherches pour ma thèse.

Pour aborder le bénévolat de compétences, il m’est apparu important, quasiment évident, d’avoir le retour d’expérience d’une des associations pionnières en France sur le bénévolat de compétences. Depuis près de 15 ans, elle œuvre au développement d’un engagement volontaire individuel et expérimente de nouvelles formes de pratiques bénévoles.

J’ai fait mes premiers pas de bénévole au sein de Passerelles & Compétences il y a plus de 10 ans et ne l’ai plus quitté, m’impliquant dans le fonctionnement même de la structure sur des missions d’études et d’enquêtes, d’innovations sociales ou de communication.

Quelle serait votre définition du bénévolat de compétences ?

Une mise à disposition libre et gratuite de compétences et de talents pour mener à bien une action pour un projet de solidarité (chez Passerelles & Compétences), en dehors du temps professionnel.

En quoi se distingue-t-il du mécénat de compétences ?

Sur principalement 2 points : le bénévolat de compétences est une initiative personnelle, alors que le mécénat est une initiative d’entreprise. Le bénévolat de compétences s’effectue en dehors du temps de travail, alors que le mécénat se fait pendant ses heures de travail. Donc d’un côté on a un bénévole qui intervient gratuitement, sans rétribution matérielle alors que de l’autre il s’agit de collaborateurs qui touchent un salaire. Il y a dans la plupart des cas la même sincérité de solidarité et d’envie d’aider, puisqu’il s’agit dans les deux cas d’une démarche volontaire. La nuance est donc que le bénévole intervient à titre individuel et non comme collaborateur d’une entreprise et qu’il prend sur son temps personnel, sans rémunération. La philosophie est différente. Côté association,  l’impact est assez identique, avec un renforcement des capacités dans les deux cas, mais peut varier selon la disponibilité des personnes venant les aider.

Si on envisage la théorie du don qui évoque le fait de « donner-recevoir-rendre », un don-contre-don, comment s’exprime-t-il dans le champ du bénévolat de compétences ?

Je considère par définition que faire du bénévolat suppose systématiquement un contre don. Celui-ci n’est pas matériel, et il ne faut surtout pas qu’il le soit au risque de biaiser l’essence même du bénévolat, mais se traduit par un épanouissement personnel qui trouve une source différente selon chacun : se rendre utile, développer ses compétences, rencontrer des personnes, enrichir le lien social….

 Le bénévolat de compétences permet avant tout de donner du sens à ses compétences, et de mieux comprendre pourquoi on se lève le matin. De plus en plus de personnes ressentent ce besoin d’utiliser leurs compétences pour des projets qui leur correspondent, qui rentrent dans leurs valeurs et dont ils voient l’utilité sociale. Les compétences utilisées dans le secteur marchand, la plupart du temps on ne voit pas à quoi elles servent pour faire avancer le monde. La finalité du boulot c’est avant tout de gagner de l’argent pour faire vivre sa famille et le sens passe malheureusement souvent après alors qu’il est aussi recherché. Le bénévolat de compétences permet justement de répondre à ces attentes de sens sans avoir à changer de vie.  Et le résultat de son action bénévole est assez évident : Le fait d’apporter telle compétence à telle association, permet une montée en puissance de celle-ci dans le domaine concerné et aura forcément un impact positif, direct ou indirect, sur les populations en difficulté bénéficiaires de l’association

Si vous deviez représenter le bénévolat de compétences via un symbole (dessin, image, film, …) quel serait-il ?

Bénévolat de compétences : on ajoute les pièces manquantes pour créer de l’harmonie dans les actionsJ’ai une image assez parlante  qu’on m’a proposée récemment avec une moitié de paire de ciseaux à laquelle on ajouterait l’autre moitié. J’ai trouvé cela très juste, en insistant au passage sur le « à deux c’est mieux ».  C’est aussi la logique du puzzle, on ajoute les pièces manquantes pour créer de l’harmonie dans les actions.

J’ai un film qui me vient aussi en tête : le cercle des poètes disparus. C’est un film très humain et humaniste. Un des héros trouve du sens à sa vie en faisant du théâtre et en donnant du plaisir aux autres via son talent. Il est épanoui. Faire du bénévolat de compétences c’est un moyen pour chacun de trouver un épanouissement personnel en cochant une case en plus qui ne l’était pas.

Le bénévolat de compétences peut-il être source d’innovation pour les associations ?

Complètement ! Là encore c’est souvent dépendant des personnes et de leur capacité à penser différemment collectivement. Mettre une association en lien avec des personnes qui ont une autre vision, d’autres manières de faire, c’est bénéfique, sur le papier. Après c’est le facteur humain qui fait que l’on avance ou pas.

Le bénévolat de compétences peut-il permettre de transformer la société ?

Très clairement ! Si tout le monde s’y mettait, on réglerait tous les problèmes ! Il y a un côté naïf nécessaire à tous les rêves… Cela pourrait à la fois résoudre des problèmes de fond de la société, par le renforcement de la capacité des associations à fonctionner efficacement et donc à mieux aider les personnes défavorisées, et également tout ce sens a des effets bénéfiques pour les individus, dans leurs relations avec les autres et dans leur propre bien-être.

Prendre conscience et agir avec solidarité et bienveillance, est un excellent remède à la déprime !

Chez les anglo-saxons le bénévolat fait partie de la vie de l’enfant et donc de l’adulte. C’est un véritable terreau. Il y a je pense une différence de mentalité concernant l’éducation, la citoyenneté, une manière de voir les choses différemment qu’en France. C’est plus positif. A Paris il y a une tendance au repli sur soi. Mais ce qui est encourageant c’est qu’il suffit de gratter cette première couche pour retrouver l’envie d’aider des gens et de bien vivre ensemble. On l’a vu suite aux attentats avec le nombre de personnes qui se sont connectées pour « Je m’engage à Paris », avec l’envie d’être là. Mais la force du quotidien, le stress de la vie parisienne … on ne se donne pas le temps de penser aux autres, ayant à peine du temps pour penser à soi.

Avec le bénévolat de compétences, je crois qu’on peut valoriser toute personne car toute personne a des compétences ou un talent. Il suffit juste d’arriver à les identifier. Le bénévolat de compétences est un extraordinaire moyen de valoriser la personne : qui elle est, ce qu’elle aime faire.

Les associations peuvent être certainement plus partie prenantes à ce niveau. Elles nous sollicitent souvent sur des sujets faisant appel à des populations essentiellement cadres. Mais beaucoup de compétences et de talents peuvent être mis à leurs dispositions et pas seulement des compétences stratégiques, organisationnelles ou marketing ! L’autre jour nous avons identifié qu’une bénévole spécialiste de la communication était également en mesure de donner des cours de cuisine. En en parlant à une association d’aide aux réfugiés qui organisait tous les dimanches un déjeuner commun, la mise en relation fut évidente  et l’association a pu ainsi animer son dimanche différemment !. L’association peut être un maillon actif dans le processus du bénévolat de compétences afin de trouver de la place pour tout le monde, pour être ouvert à tous, sur ce qu’il peut apporter. Chez Passerelles & Compétences, lors de chaque rencontre avec une personne intéressée à nous rejoindre en interne, nous nous posons la question : qu’est-ce que je peux proposer qui permettrait de mobiliser les compétences de cette personne ? Où est-ce que je peux la mettre dans l’organisation ? Et si la personne ne rentre pas dans nos « cases », peut-être est-ce l’occasion de lui proposer de prendre en main un nouveau projet qui lui permettrait de nous donner le meilleur d’elle-même, tant que ce projet reste évidemment pertinent pour nos actions

*Passerelles & Compétences est une association à but non lucratif créée en 2002 qui met en relation des associations de solidarité et des professionnels, dans le cadre de missions ponctuelles bénévoles. Elle compte plus de 6000 bénévoles, a travaillé avec 2000 associations de solidarité avec près de 2500 missions réalisées depuis le début. L’association est présente dans 11 régions avec 19 antennes animées par plus de 300 bénévoles « Passerelles ».

Sandrine Fdida
Professionnelle de la communication et du marketing depuis plus de 15 ans, je suis aujourd’hui consultante-formatrice indépendante spécialisée sur la communication, notamment via le bouche à oreille, et la démarche réseau et enseignante-doctorante en Information-Communication, au Centre Norbert Elias de l’Université d’Avignon. Recherche et démarche pragmatique se nourrissent mutuellement, comme un médecin enrichit sa pratique de savoirs scientifiques. Cette alliance s’exerce lors de missions en entreprises ou opérationnelles mais aussi lors de projets collaboratifs universitaires avec des entreprises, associations et structures institutionnelles.

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